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27/11/2009

Livre d’or de la Consultation nationale “Parole aux jeunes ?

Introduction du rapport "200 propositions pour construire ensemble leur avenir, livre d’or de la Consultation nationale “Parole aux jeunes” :
" A l’occasion du 20e anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, nous avons décidé de lancer une grande consultation nationale auprès des collégiens et lycéens sur les questions de société qui les concernent et qui interrogent les adultes.

Une Consultation nationale basée sur un dialogue authentique et une confiance réciproque. IMG/gif/Parole_aux_jeunes.gif
Un tour de France en dix étapes et un forum internet réalisés de mai 2008 à août 2009 ont permis de travailler avec près de 2 500 jeunes dans le cadre de dix forums thématiques portant sur autant de droits fondamentaux qui se révèlent être des questions de société d’actualité : l’Education (Martinique), la Famille (Vienne), la Justice (Isère), la Vie privée et Internet (Rhône), la Santé (Ille-et-Vilaine), les Discriminations (Bas-Rhin), les Violences (Ile-de-la-Réunion), le Droit à l’expression (Ile-de-France), la Précarité (Paris, Seine-et-Marne et Seine-Saint-Denis), le Handicap (Paris).

Les adolescents ont apprécié cette méthodologie de travail en ateliers qui correspondait à leurs attentes d’une parole libre dans un cadre clairement délimité. A partir d’une animation réalisée par des professionnels de la parole de l’enfant, chaque atelier devait établir ses constats et présenter des propositions. C’est toute l’ambition du Livre d’or de la Parole des jeunes destiné au Président de la République et au Parlement.

Nous avons tenu à restituer leurs constats et leurs propositions en nous attachant à être au plus près des mots et de la pensée des adolescents en évitant tous les pièges de l’interprétation ou du jugement. En ouvrant ce chantier, nous étions loin de nous attendre à un tel besoin de parole, d’écoute et d’attention de la part des jeunes en direction des adultes, parents, enseignants et élus. A l’inverse de tous les clichés qui sont véhiculés sur la jeunesse, ils se sont révélés créatifs et talentueux, riches d’idées et de propositions, soucieux de participer à la construction de leur avenir avec les adultes.
C’est avec conviction que ces jeunes ont rappelé le rôle des parents dont ils attendent qu’ils consacrent plus de temps à leur éducation et à la transmission des valeurs mais aussi leur fixent des limites dans le cadre du dialogue et de la confiance. Ils en ont d’autant plus besoin qu’ils savent, pour le vivre ou le constater autour d’eux, que ce lieu de sécurité affective qu’est la famille peut à tout moment vaciller. L’école est un sujet inépuisable pour les adolescents. Ils en contestent les méthodes pédagogiques insuffisamment adaptées à la réalité du monde du travail et réclament des stages tout au long de la scolarité. Ils dénoncent la stigmatisation des filières professionnelles vers lesquelles trop d’élèves sont orientés faute de prendre le temps d’évaluer leurs désirs et leur potentiel au-delà de leurs notes. Ceux qui habitent dans les « quartiers » savent que seule une vraie mixité sociale peut les aider à réussir. Certains y croient. D’autres ont déjà baissé les bras tant la précarité peut être un élément de fragilisation sociale et de résignation. Et pourtant l’école est leur deuxième lieu de vie et ils en attendent beaucoup en termes d’éducation et de sensibilisation sur tous les sujets qui peuvent les aider à entrer dans le monde des adultes et se protéger des risques qui les entourent.

La santé les préoccupe sous l’aspect principal du mal-être dont ils ont beaucoup de mal à parler. A part avec leurs copains et sur certains sites internet, c’est l’ignorance quasi totale de tous les dispositifs et numéros d’aide créés à leur attention. Ils pointent le décalage des campagnes et méthodes d’information sur la santé qui ne captent pas leur attention et ne les atteignent pas là où ils sont. Ils réclament débats et témoignages avec de « jeunes professionnels » formés qui sauront trouver les bons mots. La violence verbale ou physique fait partie de leur environnement quotidien. Ils demandent de l’aide pour apprendre à s’en protéger, des lieux d’écoute facilement accessibles pour les victimes et des lieux de prise en charge pour les auteurs. A l’école, la présence de médiateurs de vie scolaire semble être une réponse à généraliser.

En matière de justice des mineurs, alors qu’ils ont peu de connaissances sur le sujet, ils posent d’instinct les grands principes de l’ordonnance de 45 qui donne la priorité à l’éducatif (dès le plus jeune âge) sur le répressif, lequel doit être progressif et adapté à la psychologie et à l’environnement de l’enfant. Les discriminations se révèlent permanentes sur tous les sujets essentiels touchant aux origines, à la couleur de la peau, à l’orientation sexuelle... Face au handicap la parole des jeunes nous a ébranlés devant tant de difficultés administratives et logistiques cumulées et devant la souffrance ressentie face aux regards et aux paroles discriminantes. Le chemin semble bien long pour atteindre cet idéal d’égalité et de fraternité qui fonde notre République ! Là encore, la plupart ignorent presque tout des dispositifs et lois récemment mis en place.

Participer, s’exprimer, créer : tous les adolescents ont ce désir commun. A l’école où ils considèrent que leur parole est insuffisamment prise en compte. Dans leur ville ou département où ils estiment qu’ils pourraient apporter leurs idées alors qu’ils ressentent que les politiques tardent à les faire participer à la vie de la cité. Dans les médias où ils voudraient prendre la plume et la parole tant ils rejettent l’image qui est renvoyée d’eux à travers les actes de délinquance commis par une minorité, alors qu’ils ont tant de talents à démontrer, tant de projets collectifs à réaliser... Face à des adultes sceptiques et angoissés qui ne croient pas toujours à cette génération en devenir, il leur reste à explorer ce territoire virtuel qu’est internet et qui est le leur d’autant que les adultes s’y risquent peu faute de compétences. Aventuriers d’un espace infini, ils découvrent tous les possibles en matière de modes de communication sans limite de lieux ni de temps et surfent au milieu des dangers qu’ils perçoivent et d’autres qu’ils sous-estiment. Mais, dans la confiance des ateliers ils ont été unanimes pour nous confier que rien ne remplace les relations humaines. Au fil de la Consultation les adolescents ont fait des propositions remarquables qui montrent leur maturité et leur capacité à apporter des solutions et à tracer des pistes d’avenir. A la lecture on peut constater qu’un certain nombre d’entre elles existent déjà sous une forme ou sous une autre. Sans doute, mais les jeunes n’en ont pas connaissance ! Ou alors elles existent dans certains endroits de notre territoire et pas dans d’autres et ne sont pas également accessibles à tous... Ou des lois ont été votées mais sans les politiques publiques qui leur permettraient réellement d’exister. Ou encore, des plans ont été annoncés avec détermination mais n’ont pas résisté aux contraintes budgétaires. Par contre, certaines de leurs propositions sont absolument novatrices et méritent que les experts et les politiques s’en saisissent.

Cet appel lancé aux adultes devrait nous imposer de faire une pause pour réfléchir au Sens et aux Valeurs de notre société tels qu’ils se reflètent dans le regard d’une génération qui attend que nous prenions avec responsabilité la main qui nous est tendue."

Dominique Versini,
- Défenseure des enfants
Rapport téléchargeable infra
Parole aux jeunes (PDF - 2.6 Mo)