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1er/10/2001

Derriere les barreaux

Chaque année, en France, plus de 15 000 enfants de moins de trois ans sont éloignés de l’un de leurs parents par la prison. L’association Relais enfants-parents a choisi de s’engager pour soutenir l’enfant dans ses relations avec son parent incarcéré. Une action pionnière en Europe.

Les jours de parloir, chaque enceinte de prison projette son ombre sur des pas d’enfants. Et cette ombre est si épaisse que longtemps les enfants qui ont un parent détenu n’ont fait l’objet d’aucune étude, voire d’attention spécifique. Lorsqu’en 1985 le premier Relais enfants-parents fut créé, il rompait avec un long passé d’ignorance et de négligence. Jamais, en Europe, cette question n’avait fait l’objet d’un programme d’action particulier.


En France, afin de raréfier les séparations précoces mères-enfants, susceptibles d’entraver le développement d’un jeune enfant, le législateur a autorisé le séjour de l’enfant auprès de sa mère en détention jusqu’à l’âge de dix-huit mois. Cependant, ces dispositions sont loin d’être suffisantes pour résoudre les difficultés de ces tout-petits. En premier lieu, parce que dans la grande majorité des cas, c’est de leur père qu’ils sont séparés. D’autre part, toutes les mères d’un enfant de moins de dix-huit mois ne demandent pas à le recevoir.

Cette renonciation a plusieurs causes : la durée de la peine, si elle est brève ; les conditions d’arrestation et de détention (le temps d’encellulement est de plus de douze heures, confinée dans 10 m2 seule avec son bébé).

Enfin, un grand nombre de détenues souffrent de handicaps psychosociaux - errance, marginalité, toxicodépendance - qui, avant même leur détention, altéraient leur comportement maternel. Dans ce dernier cas, la détention précipite un délaissement dont les racines sont anciennes.

Afin d’aboutir à une prise en considération exhaustive de l’ensemble de ces difficultés, les onze Relais enfants-parents existant à travers la France et regroupés au sein d’une fédération nationale tentent de promouvoir un certain nombre d’interventions, dont l’efficacité est suffisamment avérée pour servir de modèle à des actions analogues dans plusieurs pays de l’Union européenne (en Belgique, en Italie ou aux Pays-Bas).
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Aider au maintien des liens

Trois types d’interventions sont proposées. La première en importance consiste à accompagner la visite des enfants sur les lieux de détention afin qu’ils y rencontrent leur parent. En 1999, les quatre cents accompagnants volontaires des Relais, encadrés par quarante-deux professionnels, ont ainsi réalisé plus de six mille accompagnements.

La deuxième intervention consiste à animer en détention des réunions dites de « requalification parentale », au cours desquelles il est proposé au parent détenu de confectionner un objet pour son enfant et, en parallèle, d’échanger avec les intervenants de l’association sur sa place et sa fonction parentale.

La troisième piste de travail du réseau associatif vise, avec l’aide de l’administration pénitentiaire, à rendre moins difficile, voire traumatisante, la visite de l’enfant, en aménageant des lieux spécifiquement conçus pour lui. Le petit y retrouve un mobilier, des jeux et une présence éducative auxquels il est habitué. Quinze espaces enfants ont ainsi été ouverts par les Relais, sur un ensemble de 180 établissements, c’est dire combien d’efforts doivent encore être déployés.

Cependant, le travail déjà entrepris a fait ses preuves. Il permet en particulier une double prévention. Auprès du jeune enfant, il aide au maintien de la continuité de ses représentations de l’attachement parental, sans laquelle son développement psychologique peut être sévèrement compromis. Mais il prévient, aussi, les effets d’exclusion inhérents à tous les passages en détention et qui sont un des facteurs essentiels de la récidive.
Alain Bouregba Psychologue, directeur de la Fédération des Relais enfants-parents Cordonnées

- Fédération des Relais enfants-parents
- BP38 92122 Montrouge


Article extrait du n°43 (3e trimestre 2001) de Label France, publication du Ministère des affaires etrangeres consultable sur son site.http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/fr...  [1]

Sommaire du N° 43 de Label France : IMG/gif/rubon11366.gif

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Notes

[1] Les articles publiés dans le magazine « Label France » et les idées qui peuvent s’y exprimer n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs et ne représentent pas une position officielle du ministère des Affaires étrangères. La reprise des articles dans la presse est libre de droits, sous mention « Label France » et nom de l’auteur.



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