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1er/10/2001

Soulager la douleur à l’hôpital

Entretien avec Daniel Annequin

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Le docteur Daniel Annequin est responsable de l’unité douleur à l’hôpital des enfants Armand-Trousseau, à Paris. Depuis sa création, il y a huit ans, ce service a su convaincre les différents personnels de l’établissement de la nécessité de lutter contre la douleur.

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Label France : A partir de quel âge un enfant ressent-il la douleur ?

Daniel Annequin : Longtemps on a pensé qu’un nouveau-né ne pouvait percevoir la douleur, car son système nerveux était immature. Aujourd’hui encore, toute une série d’examens exploratoires ou d’actes chirurgicaux (circoncision, ponction lombaire, endoscopie, etc.) sont souvent réalisés sous anesthésie chez l’adulte... mais pas chez l’enfant. En réalité, le fœtus perçoit la douleur avant la naissance, dès la vingt-sixième semaine de grossesse. Au cours des trois premiers mois de leur existence, les tout-petits traversent même une période d’hypersensibilité à la douleur. Plus tard, une prise de sang, une simple piqûre ou l’enlèvement d’un sparadrap provoqueront des douleurs d’autant plus intenses que l’enfant n’en percevra pas la motivation.

LF : Comment évaluer l’intensité de la douleur chez un enfant ne maîtrisant pas le langage ?

Jamais un nouveau-né ne nous dira qu’il a mal ! Heureusement, depuis quelques années, il existe des grilles d’évaluation qui prennent en considération les réactions des tout-petits à la douleur. Mis à part les mimiques faciales, assez caractéristiques, c’est un ensemble de comportements qui permet d’appréhender l’intensité de leur douleur : tonus musculaire, agitation, pleurs, respiration plus ou moins régulière, consolabilité...
_ LF : Consolabilité ?

Un enfant qui sort d’opération peut pleurer parce qu’il a mal, ou parce qu’il est à jeun. Dans les manœuvres de consolabilité, il s’agit de déterminer si, après un biberon, l’enfant se calme ou pas. A un âge plus avancé, variable selon les individus, les enfants savent localiser leur douleur et l’évaluer au moyen d’une petite réglette graduée de 1 à 10. Encore faut-il les écouter ! Trop souvent, par exemple, les enfants migraineux ne sont pas pris au sérieux. Sous l’impulsion d’Hélène Massiou, neurologue à l’hôpital Saint-Antoine (Paris), nous avons ouvert il y a 6 ans, l’unique consultation française sur une affection qui touche pourtant un enfant d’âge scolaire sur dix ! Ici, les premiers rendez-vous durent plus d’une heure pendant laquelle nous détaillons avec le patient les crises et leurs facteurs déclenchants. Ensuite, nous proposons des groupes de relaxation avec une prise en charge médicamenteuse.

LF : Les médicaments sont-ils aussi efficaces que ceux destinés aux adultes ?

On a longtemps affirmé ne pas pouvoir traiter la douleur de l’enfant, faute de thérapeutiques efficaces et spécifiques. Aujourd’hui, une panoplie chaque jour plus vaste de moyens permet de soulager leurs douleurs.

L’application d’une crème anesthésiante avant une piqûre rend cet acte indolore. Depuis une dizaine d’années, nous avons aussi remis au goût du jour l’utilisation du Mepoa, un mélange d’oxygène et de protoxyde d’azote. D’abord employé pour des enfants leucémiques qui avaient régulièrement des ponctions lombaires, ses indications n’ont cessé de s’élargir (points de suture, etc.). Pour les douleurs plus intenses, il ne faut pas hésiter à recourir à toute la gamme des antalgiques, de l’aspirine aux morphiniques. Dans certaines douleurs très sévères, il nous arrive (rarement) de ne pas soulager correctement les enfants. Mais notre devoir est de tout mettre en œuvre pour tenter d’atténuer, à défaut d’abolir, les douleurs inutiles.
_ LF : Où en est la prise en charge de la douleur de l’enfant en France ?

Une enquête réalisée en 1998 témoignait de changements positifs et profonds dans un nombre croissant de services hospitaliers. Ils sont souvent liés à une personne, médecin ou infirmière, qui mobilise l’équipe pour que les bonnes pratiques se mettent en place. Certains hôpitaux disposent aussi d’un médecin ou d’une infirmière spécialisés. Plus généralement, il y a une forte demande de formation de la part des infirmières, qui sont en contact permanent avec les enfants. Même si, depuis peu, les nouveaux internes bénéficient d’un enseignement de base sur la douleur.

Entretien réalisé par Emmanuel Thévenon Journaliste

IMG/gif/1011.gif La lutte contre la douleur est l’une des principales motivations de l’association Sparadrap. Créée à l’initiative de la Fondation de France, elle œuvre plus généralement « pour améliorer concrètement l’accueil et la prise en charge des enfants malades et hospitalisés ». Sparadrap s’est surtout investie dans un travail d’information auprès des familles et des professionnels de la santé. Outre une médiathèque très fournie, elle édite divers documents à visée pédagogique : affiches, fiches, livrets illustrés (sur l’anesthésie, les piqûres, les solutions pour soulager les douleurs, etc.), et même un jeu (« Lotopital »). Elle diffuse aussi une vaste collection de films vidéo (dernier en date : Avec ou sans les parents ?).
E. T.

Coordonnées

48, rue de la Plaine, 75020 Paris Tél. : (33-1) 43 48 11 80 Fax : (33-1) 43 48 11 50 site web


Article extrait du n°43 (3e trimestre 2001) de Label France, publication du Ministère des affaires etrangeres consultable sur son site.http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/fr...  [1]

Sommaire du N° 43 de Label France : IMG/gif/rubon11366.gif

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Notes

[1] Les articles publiés dans le magazine « Label France » et les idées qui peuvent s’y exprimer n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs et ne représentent pas une position officielle du ministère des Affaires étrangères. La reprise des articles dans la presse est libre de droits, sous mention « Label France » et nom de l’auteur.



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