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1er/10/2001

Que savent les foetus ?


Que savent les foetus ?

Longtemps, se fondant sur l’immaturité du système nerveux fœtal, le monde médical n’a pas cru à la réalité des perceptions des femmes quant aux réactions de leur fœtus à l’environnement. Le nouveau-né lui-même était considéré comme incapable de voir. Aujourd’hui, les « compétences fœtales » ne font plus de doute grâce à des recherches, notamment françaises.

En France, l’équipe de chercheurs composée de Marie-Claire Busnel, de Carolyn Granier-Deferre et de Jean-Pierre Lecanuet (pour les travaux sur l’audition), ainsi que celle de Benoist Schaal (sur l’olfaction et la gustation), a expérimentalement révélé certaines caractéristiques de la sensorialité du fœtus. En particulier que le fœtus, au cours des trois derniers mois de la grossesse, présente des réactions physiologiques (mouvements, variations du rythme cardiaque) ; qu’il peut distinguer entre deux voix, deux syllabes, deux phrases, deux odeurs, deux saveurs ; qu’il s’habitue à des stimulations répétées ; qu’il est même capable d’apprendre.

En effet, il différencie un stimulus maintes fois répété d’un stimulus nouveau. Par exemple, la diffusion journalière d’un texte ou d’un morceau de musique induit une décélération du rythme cardiaque fœtal mesuré au cours d’un test effectué au bout de six semaines, alors qu’un texte ou un morceau de musique, diffusés pour la première fois, provoquent une accélération du rythme cardiaque.

Mieux encore, le fœtus, comme le prématuré, fait la différence entre sa mère s’adressant directement à lui ou parlant à une tierce personne. Il n’est pas encore possible de conclure s’ils « savent » qu’on leur parle, ou s’ils préfèrent simplement les caractéristiques particulières de la voix d’une femme parlant à son bébé.

Mais que le fœtus ait une capacité à discriminer n’implique pas nécessairement qu’il ait la capacité de choisir. C’est pourquoi les questions de préférences sont plutôt posées à des nouveau-nés, pour lesquels des tests de choix ont été élaborés.

Le nouveau-né de quelques heures préfère, à toute autre, l’odeur de son propre liquide amniotique, du colostrum et du lait de sa mère, ou du lait imprégné des saveurs qu’elle a ingérées. En fin de grossesse, il préfère aussi le bruit au silence, les voix au bruit, les voix féminines aux voix masculines et avant tout la voix de sa mère.

Plus remarquable encore, il préfère la gaieté à la tristesse et à la colère, exprimées dans une voix enregistrée. Il reconnaît donc certaines émotions de l’adulte. Tous ces résultats confirment un apprentissage prénatal associé à une capacité de choix, logiquement déjà présente au stade fœtal.

La découverte d’un être sensible

Le fœtus est récemment passé du statut de structure purement physiologique à celui d’être sensible. Il n’en a pas pour autant l’étendue des capacités de l’adulte. Ses organes en formation sont encore fragiles, et des excès de stimulations peuvent altérer l’évolution fonctionnelle normale.

Ainsi le fœtus a déjà une certaine perception du milieu extérieur et du milieu intérieur au travers des goûts, des odeurs, des contacts tactiles et des sons. Il perçoit les mouvements de sa mère, ses caresses, ce qu’elle consomme et les changements physiologiques reflétant les états émotionnels maternels. Ces concepts, révélés par l’expérimentation et qui confirment certains des « sentiments » des mères, engendrent de nouvelles attitudes envers la gestation et la naissance. Les mères, conscientes des capacités de leur bébé dès avant sa naissance, se permettent d’établir une relation précoce avec leur fœtus, de même que beaucoup de pères.

Marie-Claire Busnel , Laboratoire de psychobiologie du développement-Paris

Repères bibliographiques

- • L’Haptonomie périnatale , de Catherine Dolto-Tolitch, CD Gallimard, coll. A voix haute, Paris, 1999.
- • L’Eveil sensoriel de mon enfant, de Claudie Gordon-Pomaref, éd. Hachette-Parents, Paris, 1995.
- • Le langage des bébés, savons-nous l’entendre ? , de Marie-Claire Busnel, éd. Jacques Grancher, Paris, 1993.
- • L’Aube des sens , d’Etienne Herbinet et Marie-Claire Busnel, éd. Stock, 8e édition, Paris, 1991.
- • Est-ce ainsi que les enfants naissent ? , de Claudine Amiel-Tison et Albert Grenier, éd. Robert Laffont, Paris, 1983.


Article extrait du n°43 (3e trimestre 2001) de Label France, publication du Ministère des affaires etrangeres consultable sur son site.http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/fr...  [1]

Sommaire du N° 43 de Label France : IMG/gif/rubon11366.gif

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Notes

[1] Les articles publiés dans le magazine « Label France » et les idées qui peuvent s’y exprimer n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs et ne représentent pas une position officielle du ministère des Affaires étrangères. La reprise des articles dans la presse est libre de droits, sous mention « Label France » et nom de l’auteur.