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1er/04/2005

La parentalité tardive

« (…) Au regard des faibles effectifs concernés, la « parentalité tardive » pourrait être qualifiée d’épiphénomène. En étudiant, les processus amenant les hommes et les femmes à devenir des « parents tardifs », Marc Bessin et Hervé Levilain nous convainquent du contraire. Malgré le caractère statistiquement marginal du phénomène, l’analyse proposée dans ce dossier d’étude permet d’éclairer plus largement la parentalité, la transformation des calendriers familiaux et l’institution du parcours de vie et, in fine, de rendre compte de logiques ordinairement moins visibles de la parentalité non tardive.
- D’emblée, le cadrage statistique associe la parentalité à une transformation de la morphologie des familles, notamment au regard des recompositions familiales et de la taille des descendances. Parce que la parentalité tardive reste un phénomène lié aux descendances nombreuses, il n’est pas surprenant de pouvoir caractériser les « parents tardifs » selon leurs caractéristiques socio professionnelles ou leur niveau de diplôme dans la mesure où les moins diplômés représentent généralement les catégories de population les plus fécondes.
- Mais très vite, les chercheurs nous montrent les limites d’une analyse qui ne mobiliserait pas une sociologie des rapports sociaux de sexe. Ils confirment là toute l’ambiguïté de l’expression parentalité, qui a pour caractéristique de rendre neutre du point de vue du genre, la place du parent. Le cas des parents tardifs témoigne, s’il le fallait encore, que les modalités du « faire famille » ne se conjuguent pas de la même manière au masculin et au féminin.
- La mise en regard de la paternité tardive avec la maternité tardive laisse apparaître des logiques d’accès différentes. Ainsi, pour les hommes, la paternité tardive est fortement liée à des configurations familiales particulières (recompositions familiales ou écart d’âge important avec sa compagne). Elle s’expliquerait plus par une succession de différentes séquences de vie en couple que par un report de l’entrée dans la parentalité.
Pour les femmes, les maternités tardives apparaissent moins liées aux familles nombreuses et la proportion de mères tardives n’ayant qu’un seul enfant tend à augmenter. Le fait d’avoir un enfant tardivement est relativement dépendant de la position socioprofessionnelle. Les chercheurs notent une forte polarisation aux deux extrémités de l’échelle sociale. Caractéristique des cadres et des professions intermédiaires, la maternité tardive procède donc d’une autre logique que celle des paternité tardives. Les chercheurs avancent l’hypothèse que ces femmes, dotées scolairement, décalent des calendriers rendus parfois même incompatibles ou à une hiérarchie des investissements conjugaux et familiaux. A l’autre extrémité de l’échelle sociale, la maternité tardive est aussi une caractéristique des femmes « inactives » selon un modèle de la famille associant un grand nombre d’enfants et une activité de la mère exclusivement consacrée à l’élevage et à l’éducation des enfants.
- Les différences « objectives » du point de vue des calendriers de conception possible entre les hommes et les femmes sont indéniables. Les femmes disposent de moins de temps que les hommes pour avoir des enfants.
Mais cette inégalité biologique se redouble d’une inégalité sociale puisque, du fait du sens « normal » de l’écart d’âge, les hommes ont finalement plus de possibilités pour trouver un conjoint du bon âge c’est-à-dire plus jeune qu’eux. Il reste que, dans tous les cas, le poids des normes d’âge, représentations et anticipations sont fortement différenciées. C’est sur la base de cette inégalité que s’opèrent les négociations conjugales autour du calendrier de conception. En regard de leur carrière, au contraire des hommes, les femmes sont souvent amenées à devoir choisir ou à se poser la question en termes de choix et, plus que les hommes, en termes d’articulation entre investissements professionnels et familiaux.
- Tout conduit ainsi à penser que, face à la parentalité, les hommes et les femmes ne disposent pas de la même marge de manoeuvre ou, plus exactement, que ces différences de marge de manoeuvre ne les amènent pas à ressentir au même moment un sentiment d’urgence et ne se sentent pas confrontés dans les mêmes termes à la question du « faire famille ». C’est là encore le jeu des différences entre hommes et femmes dans les modes d’union et formes de conjugalité. (…) »

Auteur : Danielle BOYER Pôle Recherche et Prospective, CNAF – DSER
CNAF Dossier d’étude n° 67 - La parentalité tardive -Logiques biographiques et pratiques éducatives par Marc Bessin, Hervé Levilain Avec la collaboration de Arnaud Regnier-Loilier.

Document téléchargeable infra.

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